Titre + slogant



Ce qui manque le plus dans la mondialisation, c'est l'odeur de l'humain

                             
                 

 

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EDITORIAL



Sossé SOSSOU

A quoi rêvent les Africains du 21e siècle

 
 
 
 

Ne serions-nous éternellement qu’une Afrique « d’affamés » ou « de mendiants » ?

Serions-nous donc désespérément accrochés à nos vieux concepts de souveraineté nationale, impuissants à en définir de nouveaux et à les nommer ?


Je crois en effet possible de dépasser les erreurs communes sur la confusion des valeurs, la dépression ethnique, en montrant aux autres qu’une logique domine notre existence. Car les éléments qui structurent la vie sur le continent sont hasardeux et éclatés et, la découverte de leur incohérence rend le présent opaque et le futur incertain.

Pourquoi ? Parce que nous baignons en pleine confusion.

Les événements qui ont bouleversé le monde, dans la dernière décennie du 20e siècle, ont été d’une telle ampleur et se sont déroulés à une telle cadence qu’ils ont nié tout schéma prévisionnel : ils nous ont surpris, abasourdis et désarmés au point de nous faire douter de tout arsenal conceptuel de comprendre le monde. Et, l’incertitude est devenue alibi à la pensée, excuse à l’indécision ou justification à l’attentisme et à l’empirisme. Ainsi, à force de crier à l’aveuglement, nous avons négligé les balises et les repères qui restaient encore visibles. Pourtant il suffisait de décoller le nez des mutations occidentales et de l’opacité des années néocoloniales, pour repérer des domaines qui représentent une relative clarté.


Les années 2000 ont déjà huit ans pleins, nous scrutons encore l’horizon pour dénicher repères et perspectives qui n’émergent pas. Interroger nos valeurs, en ce temps d’incertitudes, c’est oser considérer comme décisif ce qui a toujours été écarté comme une chimère indigne de considération. Car nos valeurs peuvent éclairer nos lanternes si nous continuons à nous égarer sur les voies qui masquent nos réalités.

Alors, où en sommes nous ?

Nous avons connu la traite négrière, la colonisation, les guerres de libération, la décolonisation, l’euphorie de consommation, puis les déstructurations de nos sociétés autrefois solidaires. Malgré tout, nous sommes toujours ballotés entre les promesses de la coopération « nord-sud » et les injonctions à s’adapter à l’économie libérale. De cette apparente confusion, quelle figure se dessine ? Quelle idée nous faisons-nous du devenir de notre continent ?


Est-il juste que certains continuent à posséder des biens qu’ils n’ont pas mérités eux-mêmes par leur travail ? Une société où les privilèges iraient à ceux que la loterie politique a favorisés répondrait-elle à notre sens de la justice ? Pourtant les gouvernants disposent des pouvoirs suffisants pour réduire certaines inégalités qui passent pour injustes. Doivent-ils continuer de parler de progrès économique si celui-ci n’apporte pas une contribution à la justice sociale ?

Tous les ans, les chefs d’Etat du continent se rencontrent dans le cadre de l’Union africaine (UA), discutent d’une Afrique nouvelle, d’une brave Afrique unie. Cette bonne volonté est vaine ; parce qu’elle est coupée de l’action réelle qui devrait résoudre les problèmes réels ; ils ne peuvent pas continuer à penser sur les ailes du vent. A la lumière de leur inaction, on peut conclure qu’il manque aux gouvernants africains quelque chose d’essentiel.

Quoi ? Une sorte de conscience morale qui tienne en bride leur pouvoir politique.

 

Face aux multiples émeutes de la faim qui éclatent ça et là sur le continent, je crois qu’il y a des pays où la révolution est nécessaire. C’est la seule possibilité de changer une situation qui est insupportable. Parce que la révolution, ce sont des hommes qui souffrent, qui ont des difficultés, des grandes tragédies. Alors, que faire d’autre quand il n’y a pas d’autres moyens ? Et puis que devient le révolutionnaire le jour après la révolution ? Il devient simple réformiste parce qu’il est nécessaire de construire, de bâtir une société humaine.

Toutefois, si on n’a pas besoin de passer par le stade de la révolution, il n’est pas nécessaire de la faire. Mais il y a des situations où il est nécessaire de la faire, tout dépend des conditions objectives de la société en question.

Egalité : c’est un mot fort. Mais quand nous parlons de l’égalité des chances, nous pensons à des choses simples : avoir un logement, l’éducation pour les enfants, se vêtir, se soigner, ne pas toujours avoir peur de trouver à manger. C’est cela l’égalité : améliorer des situations simples de la vie quotidienne des gens.

C’est pourquoi le concept d’égalité doit entraîner des décisions humaines. Parce que nous pensons que l’un des grands dangers du moment sur le continent, est la tendance à la différence ethnique entre les hommes et les femmes d’un même pays. C’est un fait, et nous croyons que le marché, la tendance de l’économie de marché, est de faire des différences plus grandes. Et cette tendance, il faut la combattre par l’Etat, les syndicats et les diverses organisations de la société civile : c’est la seule chance.

C’est pour cette raison, nous croyons, que la question de la répartition, dans chaque pays du continent, deviendra une des plus importantes questions de ce 21e siècle.

Quand on parle d’égalité, il se passe quelque chose : les gens regardent autour d’eux et se disent : est-ce que l’égalité existe ? Forcement non, naturellement. Mais il faut en faire un objectif à atteindre, quand on est aux commandes de l’histoire d’un peuple.

Si l’on veut avoir confiance à un futur progressiste, il faut clairement dire ses finalités et ses valeurs. Il faut chercher des formes de sociétés qui donnent la possibilité aux gens de montrer leur solidarité les uns avec les autres, de résoudre leurs problèmes ensemble dans des situations qui ne soient plus conflictuelles.

La solidarité est un élément indispensable à la démocratie. Sur cette base, les peuples africains peuvent éviter les guerres fratricides et construire ensemble un avenir où le bien public sera civilisé, où la répartition sera plus équitable entre les pays et dans les pays.

Nous construirons une Afrique humaine au cours de ce 21e siècle, quand nous comprendrons que la démocratie ne se décrète pas. Elle n’est pas issue non plus du secret et de l’intimité de quelques âmes profondes. Elle s’élabore dans un milieu social. Elle n’est pas le trésor des minorités. Elle mûrit et évolue dans le cadre social, avec des matériaux que celui-ci lui fournit. Car elle est affaire d’accoutumance progressive.

Et,  le sens profond du rêve des Africains souligne ce qui suit : « La valeur authentique, l’autorité suprême, elle ne doit appartenir ni aux forts ni aux riches, ni aux ethnies, ni aux sociétés secrètes, mais à la conscience morale. » Utopie, bien entendu, mais au fond nous vivons tous partiellement cette utopie, car nous obéissons aux riches, mais nous respectons les purs.

 
 
 
 
 
 
 
LES BIENS PUBLICS GLOBAUX
Une idée pour changer le monde 


L’intérêt de ce concept ne réside pas dans la perfection de sa définition mais dans le fait qu’il doit permettre de poser différemment le cadre de la coopération internationale. Mais cela fait un moment déjà que les grandes messes internationales ont perdu de leur importance. D’aucuns parlent d’éradiquer la pauvreté ; pendant que d’autres exigent de parler de la sécurité. Et la surexploitation des « biens » en question par des usagers égoïstes perturbent l’invention des règles du jeu. Pendant ce temps, George W. Bush déclare que la lutte contre les puissances terroristes incarnées par l’Irak est un bien public global.


A partir de la fin des années 1980, le discours sur « les biens communs » envahit tout. Cette notion a vraiment eu le vent en poupe. Car elle traduit la volonté de rechercher, à l’échelle mondiale, des réponses adaptées aux défis communs. La notion est alors devenue révolutionnaire. Dans sa philosophie même, l’idée implique, au-delà des appartenances communautaires et des groupes nationaux, la reconnaissance d’un être social nouveau sur un espace sans frontières : la « communauté » humaine d’aujourd’hui et de demain.


Les intentions sont louables. Alors que la solidarité Nord-Sud est totalement en crise, la notion met en évidence une communauté de destin entre tous les habitants de la planète, riches et pauvres, en raison des problèmes nouveaux qui les concernent tous : menaces sur l’environnement, pandémies, pressions migratoires. Selon cette nouvelle problématique, aider les autres, c’est aider soi-même. Elle redonne une légitimité aux politiques publiques d’aide. Et fonctionne somme toute comme un nouveau slogan, qui n’est pas sans rappeler le « nouvel ordre économique mondial » des années 70.


Mais, là où le bât blesse, c’est que ces grands faiseurs de discours ignorent tout des réalités sociales du terrain ou font semblant de ne pas les comprendre. Car le lieu véritable de l’action publique ne se situe pas dans les ministères, ni dans les salles de conférences internationales, pas plus que dans les forums d’ONG, mais dans la savane, la forêt ou les villes du Sud. Et là, dans ces sociétés réelles, le chercheur constate malheureusement que le bien public n’existe pas. Parce que le mondial n’existe pas. Prenons l’exemple de la santé, qui est la quintessence du bien public dans sa définition classique. Eh bien, une politique de santé globale n’a pas de sens. Car il n’y a rien de plus subjectif et de plus culturel que la santé, il n’est pas besoin d’être un grand clerc pour comprendre qu’elle n’a pas le même sens pour un occidental et un Béninois. Une politique de santé définit en Europe n’est pas forcément valable là. Prenons l’exemple de la paix, bien public par excellence aussi, à priori. Aux yeux de certaines populations, mieux vaut la guerre, le terrorisme, la violence, qu’un système pacifique qui favorise le statu quo en leur défaveur.


Néanmoins, il n’est pas question de renoncer à cette nouvelle idée. S’il n’est manifestement pas, pour le moment, un instrument pour l’action salvatrice de l’humanité, le discours sur les biens publics globaux contient un vrai potentiel de contestation de l’ordre international. Dans un contexte où le discours sur le développement s’est appauvri, cette idée porte en germe le fondement d’une rénovation intellectuelle très mobilisatrice. Via le souci du global, elle redonne une légitimité, comme le voulaient ses concepteurs, à la problématique des rapports Nord-Sud. En outre, elle s’attaque aussi à la libre définition par les Etats de ce qu’est l’intérêt général sur leur territoire.


Malheureusement, dans un monde dominé par la logique néolibérale, le terme a subi tant de glissements de sens que chacun peut aujourd’hui l’interpréter selon ses propres intérêts. Ce qui est quand même un comble pour une idée censée exprimer les intérêts collectifs de l’humanité toute entière. Et dans l’état actuel des rapports de force, le «  bien commun » est récupéré par le discours dominant. Car force est de se demander : qui décide de ce que nous consommons et comment ces décisions sont-elles prises dans les arènes internationales ?


Une chose est sûre : les transferts de fonds caritatifs vers le Sud ne peuvent plus à eux seuls financer le développement. Dans un cadre qui reste à définir, et qui permettrait la participation équilibrée de l’ensemble des acteurs, il faudra identifier, donner la priorité à certains biens publics mondiaux et définir les modalités coordonnant les contributions des uns et des autres à la fourniture de ces biens.


La situation dans les pays du Sud montre par exemple qu’il faut aujourd’hui distinguer l’aide au développement, qui suit une logique caritative, des modalités de financement additionnelles et complémentaires destinées à fourniture des biens publics mondiaux. Ainsi, ces Etats n’utiliseront plus au niveau national le budget de la sécurité sociale pour construire des autoroutes. Les biens publics mondiaux sont ancrés dans nos vies quotidiennes, le défi est aujourd’hui de définir ensemble les modalités de cet ancrage.


En attendant, en lieu et place des « biens publics » globaux, les puissances d’argent et leurs multinationales font consommer aux populations du Sud les « maux publics » mondiaux : les armes et la détérioration des termes de l’échange.

 

Sossé SOSSOU

Grands Entretiens

Laurent de Cherisey
Co-fondateur de Reporters d'Espoirs
Auteur du livre "Recherche volontaire pour changer le monde"

 

        

Reporters d'Espoirs : Quel est l'objectif de votre livre ?
LC : La marche du monde est souvent perçue de façon négative. Dans ce contexte, des personnes, refusant la fatalité, se mettent en mouvement pour changer les choses. Ce livre raconte ces personnes qui se lèvent pour changer le monde à leur manière.
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Reporters d'Espoirs : Cette envie de changer le monde est-elle propre à notre époque ?

LC : Chaque période a ses réalités propres. Cependant, il faut découvrir qu'à chaque époque, chacun est unique et irremplaçable pour changer le monde.
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Reporters d'Espoirs : Les entreprises peuvent-elles contribuer à ce changement ?

LC : Il existe partout dans le monde des jaillissements de solutions qui permettent de réguler l'entreprise et de la mettre au service de l'homme.
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Reporters d'Espoirs : Les médias peuvent-ils être acteur de ce changement ?
LC : Si l'information rapporte souvent des événements anxiogènes, elle permet aussi d'accéder aux moyens de changer le monde.
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Reporters d'Espoirs : Pourquoi médiatiser ces initiatives ?
LC : Ces initiatives sont un formidable outil de responsabilisation individuelle. Elles peuvent agir comme un catalyseur à l'action de chacun.
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Reporters d'Espoirs : N'est-ce pas utopique ?
LC : Il ne s'agit pas ici de calquer un modèle préexistant, mais que chacun s'approprie à son niveau ces
initiatives et que les acteurs travaillent en synergie les uns avec les autres.
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Conférence de presse

          

A l'invitation de l'Association de la Presse Panafricaine (APPA) Aminata Traoré a donné une conférence de presse le vendredi 25 janvier 2008 à 10h30 au CAPE à PARIS sur son nouveau livre



"L'Afrique humiliée"
paru aux éditions Fayard



"Ancienne ministre de la Culture du Mali, Aminata Traoré est une figure majeure du mouvement social africain qui a organisé le Forum Social Mondial de Nairobi (Kenya) en janvier 2007. Devenu depuis une dizaine d'années le cadre dans lequel les organisations de la société civile, à l'échelle planétaire, se mobilisent contre l'ordre économique actuel et le diktat des multinationales, le Forum Social Mondial n'aura pas lieu cette année. Cependant, les membres du Forum Social Africain, dont Aminata Traoré, vont parcourir le monde pour rendre les conclusions des initiatives qu'ils ont conduites tout au long de l'année écoulée, notamment au sujet des Accords de Partenariat Economique (APE) qui ont constitué l'axe majeur du récent Sommet Union Européenne/Afrique de Lisbonne.
Paru aux éditions Fayard, "L'Afrique humiliée", préfacé par l'écrivain sénégalais Cheikh Hamidou Kane, expose la vision d'Aminata Traoré de l'Afrique dans le concert des nations. Dans cet essai, elle évoque tour à tour la recolonisation de l'Afrique que favorise le capitalisme mondialisé, "ceux et celles que l'ordre du monde oblige à voyager et à vivre dans l'ombre, la peur et la honte", le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy... Alors que vient de s'ouvrir le Forum Economique Mondial de Davos, Aminata Traoré invite à relever le défi des perspectives d'avenir centrées sur les êtres humains".

 

Même s’il n’y a pas de Forum Social Mondial (FSM) cette année, diverses manifestations relatives au FSM sont en train d’être programmées pour coïncider avec le Forum économique mondial à Davos. Des activités sont-elles prévues pour le Mali ?
Le Forum Ouest Africain constitue le lieu de manifestations qui concerne l’ensemble des pays de la sous région dont le Mali. Il devra avoir lieu à Lomé. Par ailleurs, différents acteurs du mouvement social africain participeront de par le monde à d’autres manifestations qui leur permettront de restituer les conclusions des initiatives mises en œuvre le long de l’année 2007. C’est ainsi que je serai le 26 janvier à Genève où en étroite collaboration avec d'autres associations dont le "jardin de Cocagne". Je présenterai les conclusions du Forum que nous venons d'organiser sur l’émigration africaine vers l’Europe ainsi que les enjeux des Accords de Partenariat Economique (APE) qui constituent, en ce moment, la pomme de discorde entre l’Europe et l’Afrique et les dynamiques citoyennes en cours.

Quand le forum reprendra l’année prochaine, le processus du FSM aura été en cours depuis presque une décennie. Dans quelle mesure le forum a-t-il connu de succès pendant cette période- et où a-t-il échoué ?
Le Forum Social Mondial (FSM) a été et demeure une occasion privilégiée et sans précédent de mobilisation de la société civile, à l'échelle de la Planète. S’il n’existait, il aurait fallu le créer pour tenir tête à un ordre économique mondial violent et souvent indifférent aux droits économiques, politiques, sociaux et culturels des peuples.
Le FSM est d’autant plus nécessaire, que la démocratie a considérablement perdu de son sens, en tant que pouvoir du peuple par le peuple et pour le peuple. Le diktat des multinationales est sans ambages. Leurs intérêts déterminent les politiques des pays riches qui, à leur tour, influencent à coup de conditionnalités celles des pays endettés et dépendants du Sud. Les démocraties locales comme l’attestent les nombreuses guerres liées aux élections locales sont purement formelles, sans lien véritable avec les enjeux macroéconomiques et les intérêts géostratégiques. Tout se passe comme si nous sommes tous condamnés à endosser la camisole de force du TINA (There Is No Alternative) de Margaret Thatcher et de Bush père et que les peuples d’Afrique, par exemple, ont seulement le choix de porter au pouvoir tel ou tel candidat sans jamais avoir la latitude de choisir des réformes conformes à leurs aspirations et intérêts. Il se trouve que dans ce contexte, les opposants aux partis majoritaires évitent souvent le débat sur l’économie de marché et ses ravages et privilégient la fuite en avant dans la lutte pour la légitimité des élections. Ils garantissent rarement à la population des changements d’orientations économiques qui permettront à celle-ci de devenir le maître de son destin.

Dans cette situation dramatique, les questions soulevées par le FSM a largement contribué à éveiller les consciences des populations mais aussi de certains dirigeants politiques qui commencent à admettre que nos débats ont trait à l’essentiel. C’est ainsi que, à la faveur du débat sur les APE, une alliance s’est tissée entre certains dirigeants, plus particulièrement le président Abdoulaye WADE et des membres de la société civile critique qui ont trouvé un écho à leur revendication, dans les prises de positions officielles contre les APE.
La classe politique africaine admet également que, par rapport au fardeau de la dette extérieure ou les subventions agricoles des pays riches, les marges de manœuvres qu'elle a obtenu, même si elles sont maigres sont en partie des fruits de la levée de bouclier de la société civile critique de la mondialisation.
En d'autres termes, le FSM n’a nullement échouée. Nous marquons seulement une pause pour évaluer le chemin parcouru et consolider nos assises.

2.* Il y a eu des critiques que la rencontre a été dominée par les organisations non gouvernementales (ONG) plus grande, parce que ces organisations ont le financement et la capacité organisationnelle à donner… Pensez-vous qu’on ait assez fait pour assurer la diversité au FSM ?
Il est clair que le financement du mouvement qui mobilise un nombre considérable d’acteurs est crucial. Les régions du Sud qui sont heurtées de plein fouet par les conséquences néfastes de la mondialisation n'ont ni les moyens ni la volonté politique de soutenir des citoyens éclairés, qu'ils assimilent à des opposants politiques. Par ailleurs, la mobilisation revient plus chère dans une région comme l'Afrique qui est très vaste, avec des difficultés considérables de transport alors que les moyens dont nous disposons sont infimes et, parfois, introuvables. Le Forum européen, par exemple, peut se réunir plus facilement du fait de la densité, de la diversité et de la rapidité des moyens de transport. Ses membres ont également plus de faciliter à obtenir des fonds auprès d’organisations qui accordent de l’importance à la pensée critique et à nos rassemblements. Les militants du Sud qui dépendent de ces des organisations du Nord, peuvent effectivement souffrir de leur interférence.

3
- Croyez-vous que le forum demeure un cadre approprié pour discuter des questions qui sont d’habitude soulevées au FSM, telles que les problèmes liés à la mondialisation ?
Non seulement, je crois que le forum est le cadre le plus approprié pour discuter des questions relatives à la mondialisation, mais je ne vois pas un autre lieu ni un autre processus où le débat critique contre ce système ait eu lieu en dehors du FSM avec le même impact.

3*- Comment le forum peut-il se développer pour aborder les nouveaux défis auxquels est confrontée la société civile ? Quels sont les plus pressants de ses défis, en ce qui concerne l’Afrique ?
Le fait de n’avoir pas organisé cette année le FSM, ne veut nullement dire, qu’il y a du recul dans la mobilisation et l'engagement de ce mouvement, dans nos pays et dans nos régions respectifs contre le modèle économique dominant. Nous restons attentifs aux évolutions qui sont en cours, d’autant plus qu'aucun des défis qui interpellent, de plus en plus l'humanité, n'ont échappé à la vigilance et à la perspicacité des acteurs du mouvement social. Il en est ainsi du réchauffement climatique, par exemple. Dès le départ, l’environnement était inscrit dans le programme du FSM. Quand nous débattons d’alternatives dans le domaine de l’agriculture, de l’eau potable, des sources d’énergies et des OGM, nous sommes plutôt des précurseurs dans la critique de l’impact de la mondialisation marchande sur les écosystèmes. Il en est de même de la plupart des conflits qui endeuillent le monde aujourd’hui. Nous les avons appréhendés et estimé qu’aussi longtemps que nous ne trouverons pas des réponses justes et crédibles aux maux de l'humanité, en l'occurrence les opprimés, nous nous acheminons vers des guerres internes et inter-Etats sans fin. Le contrôle des sources de matières premières et d'énergie par les multinationales qui a un lien avec la plupart des conflits est l’un des thèmes majeurs du mouvement social africain.
Nous réfléchissons, en ce moment, sur les modalités de l’ancrage du mouvement et de sa prise en charge à la base par le maximum de citoyens d’Afrique, d’Asie, d’Europe et du monde ainsi que sur des formes originales de mobilisation des ressources financières.

4. Demandez-vous que le FSM retourne à l’Afrique l’année prochaine ?
La vulnérabilité de notre continent face aux méfaits de la globalisation fait qu'un autre forum n'y serait pas de trop.

4* En supposant que le forum se tienne sur un autre continent, Quelles méthodes novatrices les ONG africaines peuvent-elles utiliser pour assurer leur représentation au prochain FSM ?
Le Forum Social Africain est en train d’examiner les modalités de la génération de revenus, qui puissent donner davantage d’autonomie aux mouvements sociaux.

Quelles stratégies de collecte de fonds peuvent-elles mettre en œuvre et qui n’ont peut-être pas été utilisées avant ?

Nous pensons plus particulièrement aux réseaux et aux processus, qui découlent en partie du mouvement lui-même, c'est-à-dire le commerce équitable, la mobilisation des artistes, des intellectuels et autres réponses novatrices que nous sommes en train de maîtriser.

5- Pensez vous que le FSM ait un rôle à jouer dans les situations telles que celles qui se déroulent actuellement au Kenya, sur les résultats contestés de l’élection présidentielle du mois dernier ?
La situation au Kenya, de mon point de vue, met à nu le caractère mensonger du discours dominant sur ce que devrait être le développement de l’Afrique. Comment ne pas s’étonner qu’un pays présenté et loué par la communauté internationale comme un modèle au plan économique et politique, explose à ce point à la faveur d’un processus électoral contesté ? Les médias dominants qui privilégient la dimension ethnique de ce conflit se trompent délibérément d’enjeu. Car, la paupérisation des kenyans, pendant que leurs dirigeants engrangeaient les satisfecits de la communauté internationale, révèle que là où le modèle dominant triomphe, les peuples triment. De mon point de vu, aucun pays africain n’est à l’abri de ce type d’explosion, aussi longtemps que les « donateurs » et les Etats élèves s’auto-glorifieront face à des avancées qui enrichissent les pays riches et leurs relais locaux. Les véritables oppositions à cette situation devraient nommer les ravages de l'économie de marché et défier leurs concurrents sur cette base.

5.* Croyez-vous que le forum a un rôle à jouer : Quelle mesure pratique peut prendre le FSM- Ses organisateurs, ou des groupes qui font partie du processus FSM- Dans une telle situation ?
Il reste beaucoup à faire au niveau du Forum Social, en termes de mise en lumière de la relation entre la nature destructrice du néolibéralisme et les conflits armés. Si nous avions atteint nos objectifs sur ce plan, le Kenya, où le FSM s’est réuni en janvier 2007, aurait fait l'économie du bain de sang auquel nous venons d'assister.
 
APPA



L’Envers de la Démocratie en Afrique
 

L’Afrique oscille comme un pendule dans le monde dit globalisé. Elle est désertée par les dieux. Elle traduit la démocratie comme une idéologie du béni oui -oui. Toutes choses qui créent des tensions entremêlées et farouchement antagonistes. Une complexité qui multiplie les crises politiques. Et les peuples sont devenus des champs de bataille sur lesquels les politicards se battent pour leurs intérêts personnels.

Sur le continent, l’avenir est une notion inédite qui ne décrit plus des lendemains de rêve. Les dirigeants réagissent plus qu’ils n’anticipent ou ne guident leurs peuples. Ils hésitent devant les aléas de la mondialisation. Habitués à penser en termes de famille à sauvegarder voire protéger pour la succession, ils ne voient plus les dangers que courent les populations dénutries, mais des petits bouts de leurs intérêts. Ils sont devenus des somnambules qui conduisent leurs pays vers un destin fatal. Ils ignorent que la liberté guide le peuple et le progrès l’anoblit.

Dans son ensemble et dans ses différents compartiments, le vaisseau Afrique est emporté dans sa course incontrôlée par deux moteurs : la corruption et les guerres fratricides. Car des petits groupes luttent furieusement pour conserver le pouvoir d’Etat.

La démocratie ? L’Afrique n’y excellera pas si quelques clans s’agrippent au pouvoir par la force et la ruse, monopolisent au profit de leurs seuls groupes les richesses de leurs pays. Car il ne faut pas perdre de vue que la plupart des conflits, les tensions sociales et les troubles de toutes sortes, qui ont, jusqu’ici, déshonoré le continent, naissent des malaises engendrés par ces pratiques.

La bonne gouvernance ? Les peuples n’en connaîtront pas tant que les gouvernants persistent à faire du pouvoir politique une « casserole » familiale ou clanique dans laquelle chacun vient puiser les opportunités d’affaires pour s’enrichir.

Il faut tout simplement observer sur le continent tous ces « nouveaux riches », générations spontanées d’hommes d’affaires, qui naissent dans l’entourage de tout nouveau pouvoir, pour comprendre les raisons pour lesquelles la démocratie en Afrique fait du sur place.

Dans sa diversité pluriethnique, l’Afrique contemporaine est très loin d’être pacifiée. D’aucuns disent qu’elle est à la dérive : manque de développement économique ; prolifération d’abcès belliqueux aux quatre coins de sa superficie, surtout dans sa parie centrale, dans la zone des Grands Lacs.

Malgré tout, les dirigeants ne veulent pas se fondre dans un creuset continental, afin de faire face ensemble et dans l’unité à la prétendue mondialisation qui ne fait pas vivre tous les pays à la même allure. Chacun de son côté s’affaire à vouloir construire un Etat. Si cela était possible hier, aujourd’hui, nul n’a le droit d’ignorer que l’union fait la force. Déjà l’Afrique ne réussit pas à modifier les pratiques commerciales internationales. Une vache européenne reçoit plus de subventions qu’un Africain sur dix. L’échec des multiples négociations avec le G8 montre bien l’écart entre les déclarations de solidarité et les réalités.

 L’éclairage du premier facteur de civilisation sur lequel doit être fondée la reconstruction de l’Afrique, c’est le sentiment d’appartenance. Seul ce sentiment pourra aider les Africains à fonder un continent démocratique. Seul ce sentiment pourra contribuer objectivement à l’analyse des conflits, et aux solutions pour y mettre fin. Si chacun continue à aller de son côté pour négocier avec les partenaires au développement de ce qu’il doit faire pour sortir son peuple de la misère, il sera toujours instrumentalisé, voire robotisé. S’organiser pour maintenir une certaine harmonie entre les peuples peut permettre d’ignorer l’individualité. Car ce qui est vrai en Afrique ne l’est pas ailleurs.

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989 et l’effondrement de l’URSS, nous vivons une parenthèse idéologique et politique. Nul ne songeait à l’organisation du monde futur puisque la défaite du communisme consacrait le triomphe universel du capitalisme, du libéralisme et du marché. Nous vivons la fin de l’Histoire tant la démocratie semblait un bien pour tous les peuples et un système indépassable. La politique devenait seconde puisqu’il ne pouvait plus y avoir de débat sur le modèle idéal.

La mondialisation apporte, certes, un progrès global mais elle crée aussi des frustrations et des fractures nouvelles. Le couple démocratie-libéralisme, du coup, bute sur les réalités politiques, culturelles et sociales nationales et se heurte à de forts replis identitaires.

Un mouvement de fragmentation traverse l’Afrique et, dans son sillage, resurgit l’écume bouillonnante des déchaînements ethniques. Plus l’Afrique devient une, plus elle pourra revendiquer son originalité et le respect de la diversité. Car le dans  shaker de la mondialisation, le cocktail est instable. Les atomes du libéralisme et l’économie de marché s’entrechoquent de plus en plus avec les particules élémentaires qui sont les Etats africains pris individuellement.

L’union ne marche pas sur le continent parce que le pouvoir du peuple, par le peuple, est confisqué par quelques individus qui pensent que seule leur mère a mis au monde l’enfant le plus intelligent. La politique est devenue un filon juteux qui circule entre des mains sales. La corruption rime avec libéralisme.

Sur le continent, le peuple souverain n’est plus l’entité politique fondamentale de la démocratie. Il a perdu, dans une large mesure, son pouvoir de maître de la force démocratique. Il a le droit d’élire mais pas demander des comptes aux élus à qui il a accordé son suffrage. Ainsi va la démocratie qui le libérera un jour de la pauvreté.

Sossé SOSSOU

 
   
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