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Ce qui manque le plus dans la mondialisation, c'est l'odeur de l'humain

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Dossier

Tchad

Idriss Deby Itno, les rebelles et la France

  

Les forces rebelles tchadiennes ont pris N’Djamena dans la matinée du 2février 2008. C’est vers 8 heures du matin que les combats ont commencé. A une vingtaine de kilomètres au Nord de la capitale, les positions de l’armée tchadienne étaient très rapidement enfoncées par les forces rebelles, bien équipées, montées à bord de véhicules 4x4 armés de mitrailleuses lourdes, de lance roquettes et de fusils d’assaut kalachnikov. Quelques heures après cette offensive rebelle, certaines sources confirmaient la fuite du président Déby vers le Gabon.

 

L’objectif des trois groupes rebelles coalisés était de mettre en déroute Idriss Déby Itno et lui prendre le pouvoir. L’assaut fut très spectaculaire. La colonne de quelques milliers de soldats partie du Soudan, où elle a sa base arrière, avait dévalé 800 kilomètres à travers le désert tchadien, pour s’accaparer de la capitale après une folle équipée.

Vendredi 1er février, à Massaguet, à 50 kilomètres environ de N’Djamena, Idriss Déby avait lui-même conduit une contre-offensive afin de bloquer la progression des rebelles. Mais, trop tard diraient certains observateurs. Dans la confusion généralisée, les rebelles proclamaient la prise du pouvoir à N’Djamena le 2 février. Le président Déby serait dans la capitale, selon certaines sources. Car le palais présidentiel était le seul lieu encore sous haute sécurité d’où le président coordonnait les opérations de protection de son pouvoir.

 

Malgré les multiples coups de téléphone entre le président Déby et son homologue français Nicolas Sarkozy, les autorités françaises parlaient de la neutralité de la France. Cette bataille de N’Djamena mettait à l’épreuve les idées du président français sur la rénovation de la relation franco-africaine. Déjà le 1er février, pendant que le régime de Déby tremblait sous les menaces des colonnes rebelles, le président français a décidé qu’il n’y aurait pas d’intervention de l’armée française. En avril 2006, Jacques Chirac avait opté pour un ‘’coup de semonce’’ d’un avion Mirage contre les forces rebelles qui se dirigeaient sur N’Djamena.

On se souvient qu’en campagne le 28 février 2007, M. Nicolas Sarkozy déclarait que les interventions militaires françaises en Afrique ‘’ sont parfois mal comprises, en Afrique comme en France’’. ‘’Je souhaite que l’armée française reste au service de la sécurité de l’Afrique, mais sous mandat de l’Onu et de l’Union africaine, disait-il. Mais le 5 février 2008, le ton change, le même Sarkozy déclare que ‘’si la France doit faire son devoir au Tchad, elle le fera’’. Quel devoir dans un pays souverain ? Sauver un homme et abandonner le peuple ?

Le succès rapide des rebelles tchadiens avait d’abord plongé l’appareil d’Etat français dans le désarroi. Pendant les débats sur la position à tenir, les interrogations tournaient autour de : intervenir ou pas ? Sur le terrain, la situation devenait d’heure en heure plus confuse. Depuis le 1er février, lors d’une réunion à l’Elysée, certains exigeaient l’intervention directe pour faire face à l’urgence : le Tchad risquait de tomber aux mains d’alliés du Soudan. Malgré tout le président Sarkozy s’était prononcé contre l’intervention de l’armée française. ‘’

 

Autour de la table, tout le monde n’était pas d’accord, raconte un collaborateur. Mais le président était sûr de lui.’’ Car il voulait éviter deux écueils, qu’il avait décrits en février 2007, alors qu’il exposait les priorités de sa politique africaine : ne pas être contraint de choisir entre deux mauvaises solutions : soit la France n’intervient pas, et on l’accuse d’abandonner des gouvernements souverains (…) ; soit elle intervient, et on lui reproche de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un Etat’’.

Mais l’attaque des rebelles tchadiens ne laissait aucune chance à l’armée régulière de protéger le pouvoir de Déby Itno, alors le président français choisit dans un premier temps de s’en tenir à l’application stricte de l’accord de 1976. Alors Paris fournit des minutions, de la logistique et du enseignement à l’armée régulière. Sans entrer dans la bataille, disait-on. Le 2 février, les soldats français empêchent les rebelles de s’emparer de l’aéroport de N’Djamena, en ouvrant le feu en riposte aux tirs des assaillants. Ce geste de l’armée française déterminera l’issue de la bataille dans la capitale, car c’est à l’aéroport que se concentrent les appareils militaires tchadiens.

Selon le quotidien français La Croix daté du 8 février, les troupes spéciales françaises ont pris part aux combats à N’Djamena contre les rebelles. Le journal catholique affirme qu’un détachement d’assistance militaire et d’intervention a été envoyé quelques semaines avant le début des affrontements au Tchad et a ‘’coordonné l’attaque menée le 1er février par l’armée tchadienne’’ contre une colonne de rebelles à Massaguet, au nord-est de N’Djamena, une attaque qui s’est conclue par l’échec de l’armée tchadienne et l’avancée des rebelles vers la capitale. Le lendemain poursuit La Croix, ‘’des éléments du commandement des opérations spéciales françaises se sont impliqués dans les combats de N’Djamena, avec une stratégie qui se révélera payante : épuiser les rebelles, bientôt à cout de minutions’’.

 

Le quotidien pointe le rôle essentiel joué par l’armée française en protégeant l’aéroport international de N’Djamena des attaques rebelles : l’aéroport aurait joué un rôle ‘’stratégique’’ non seulement pour l’évacuation des 1200 ressortissants étrangers, mais également pour l’armée tchadienne, servant de base à ses hélicoptères d’attaque.

La Croix ajoute que la France’’ a aussi fait livrer des minutions par la Libye, ntamment pour les chars T-55 de fabrication russe qui ont permis à Idriss Déby de laminer ses opposants à N’Djamena’’. Citant une source proche du dossier, le quotidien précise que la seule fois où le président Déby ‘’ a paru tendu au téléphone, lors de ses conversations avec Nicolas Sarkozy le week-end dernier, c’est lorsqu’il a constaté qu’il était à court de minutions’’. ‘’ Après quelques coups de téléphones, plusieurs tonnes de minutions sont arrivées de Tripoli’’, écrit-il.

Paris dément. Interrogée le vendredi matin, 8 février, sur les informations publiées par La Croix, Rama Yade, a démenti toute intervention de l’armée française. ‘’Si vous voulez me faire dire que les soldats français sont intervenus pour chasser les rebelles hors de N’Djamena, je vous réponds non’’, a déclaré la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, sur RTL. ‘’Nous apportons une aide logistique. A aucun moment nous ne procédons à l’application d’un accord de défense qui n’existe pas’’, a-t-elle ajouté.

Le ministère français de la défense a, lui aussi, démenti : ‘’ Aucune force spéciale ni aucun soldat français n’ont été engagés dans les combats’’, a indiqué le général Christian Baptiste, porte-parole adjoint du ministère.

 

Depuis des jours, les rumeurs annoncent le retour des rebelles sur N’Djamena. L’alliance des trois principales rébellions hostiles au président Idriss Déby Itno assure toujours que ses forces sont quasiment intactes et se trouvent autour de la capitale. Les règlements de compte ont commencé. Le gouvernement de Déby a lancé la chasse aux sorcières. Trois chefs de l’opposition sont arrêtés.

Et le président français Nicolas Sarkozy envisage de se rendre au Tchad à la fin du mois de février, a-t-on appris de source proche de la présidence.

 

rédaction-lafriqueliberee.info

 

KENYA

Fraude électorale

Violences interethniques

 

La situation politique se complique de jour en jour depuis le samedi 29 décembre 2007. Pour le moment, toutes les tentatives devant amener la paix ont échoué. Le leader de l’opposition, Raila Odinga conteste la réélection du président sortant, Mwai Kibaki, et exige sa démission ou parle de l’annulation des élections. La police tire à vue sur les manifestants qui contestent les résultats proclamés par la commission électorale : mercredi 16 janvier, 3 personnes tuées dans l’ouest du pays ; jeudi 17 janvier, 2 personnes tuées dans un bidonville de Nairobi. Il faut ajouter à toutes ces personnes tuées, les 700 tuées en décembre 2007. Ces statistiques de Kényans tués ne déclarent que les chiffres officiels des autorités du pays. L’opposition, comptant à chaque fusillade de la police ses morts, conserverait les vrais chiffres. En attendant, la médiation de Kofi Annan, l’ex-secrétaire général de l’Onu, qui se fait toujours attendre, les Kényans s’entretuent.


Le Kenya, ses somptueux parcs nationaux, ses plages paradisiaques : il aura suffit de quelques jours d’émeutes meurtrières pour que la carte postale de cet Eden africain parte en fumée. Tout cela à cause d’une vie démocratique à éclipses. Ancienne colonie britannique, le Kenya a obtenu son indépendance en 1963. Depuis cette date, l’appartenance ethnique a toujours eu un poids réel en politique comme dans la plupart des pays africains. Selon une étude effectuée avant les élections du 27 décembre, près de 40% des Kényans considéraient l’origine ethnique d’un candidat déterminant pour leur choix.


Plus de 40 ethnies composent le pays, dont les Kalenjin, les Luyias et les Masai. Les Kikutus qui représentent 22% de la population s’étendent autour du Mont Kenya, dans la province centrale. Les Luos, implantés sur les rives du lac Victoria sont 13%.


Majoritaire démographiquement et dominante économiquement : l’ethnie Kikuyu, dont est issu Mwai Kibaki, pèse de tout son poids dans le pays depuis la lutte pour l’indépendance. Le président du Kenya est d’ailleurs un vétéran de la politique et un économiste reconnu.


En face, celui qui l’accuse d’avoir volé les élections est Luo, la deuxième ethnie du pays. Emprisonné pendant 9ans pour son engagement politique, Raila Odinga incarne l’opposition irréductible, comme son père avant lui à ce régime issu de l’indépendance.


Mais le facteur ethnique n’explique pas à lui seul l’explosion de violences de ces derniers jours. Les soupçons de fraude électorale ont réveillé des frustrations nourries par la misère. L’extrême pauvreté qui règne dans les bidonvilles de la capitale qu’ils soient peuplés de Luos, de Kikuyus ou autres a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.

Le Kenya affiche pourtant des performances économiques sous le mandat de Kibaki : le taux de croissance est passé de 3% en 2003 à 6% en 2006. Les revenus du tourisme ont redécollé après le traumatisme des attentats d’Al-Qaida. Et à la gratuité de la scolarité dans le primaire depuis 2003, 1,5 million d’enfants ont pu être scolarisés.


Malgré ces résultats qu’on peut qualifier de positifs sur le plan économique, plus de 50% de la population vit dans l’extrême pauvreté. Et 10% de Kényans les plus riches se partagent 42% des richesses du pays. Pour cause, la corruption gangrène plusieurs secteurs de la société et l’impunité couvre les fossoyeurs de l’économie. La lutte contre la corruption, le président Kibaki en avait fait son cheval de bataille en 2002, mais n’a pas tenu ses promesses. Il faut se rappeler que son gouvernement avait été critiqué sur la scène internationale pour sa lenteur à combattre ce fléau qui plombe l’économie du pays.


Mwai Kibaki, ministre depuis 1965, élu une première fois président de la République en 2002, après deux échecs successifs, a fait campagne sur le thème de la continuité avec l’appui de la puissante Eglise catholique et des milieux d’affaires. Il a favorisé l’équilibre économique du Kenya, grâce à l’agriculture et au tourisme, mais la corruption généralisée a fragilisé son pouvoir.


Agé de 76 ans, Kibaki tenait à son pouvoir, et pour le conserver va organiser une fraude massive qui sera dénoncée par l’opposition. Il totaliserait 4584 721 voix contre 4352 993 voix à son opposant-ami en 2002, Raila Odinga. Déjà, avant l’annonce de ces résultats, Odinga avait accusé le président Kibaki d’avoir fraudé sur au moins 300 000 voix, au cours d’une conférence de presse improvisée dans les locaux de la commission électorale kényane (ECK). ‘’ Nous avons des preuves qui confirment que les chiffres que la commission électorale kényane s’apprêt à annoncer sont faux’’, a déclaré Odinga avant d’ajouter. ‘’Le résultat du président Kibaki a été gonflé d’au moins 300 000 voix’’ (…) ‘’ Si nous perdons justement, nous accepterons les résultats. Les Kényans ne sont pas prêts à accepter une élection truquée (…) Je n’accepterai pas une telle victoire de Kibaki’’, avait averti l’opposant sans plus de détails.


Et la proclamation des résultats, trois jours après la tenue de ces élections présidentielles, législatives et locales, viendra mettre un point final au processus laborieux de dépouillement des bulletins dont la lenteur va susciter l’exaspération des partisans de Odinga et alimenter les soupçons de fraude. Selon les résultats complets de la commission électorale, la différence de voix entre les de cas candidats serait de 231 728 voix.


Après avoir fait la course en tête des sondages et des premiers résultats partiels, Raila Odinga, candidat des plus démunis et ancien allié de Mwai Kibaki, a vu son avance fondre comme neige au soleil pour ne devancer son adversaire que de 38 000 voix, selon la commission électorale, le samedi.


Quelques minutes après l’annonce des résultats, des émeutes ont éclaté à Kibéra, le plus grand bidonville de Nairobi, la capitale, dont Odinga est le député. Scandant ‘’pas de paix, pas de paix’’ des centaines de ses partisans sont descendus dans les rues du bidonville tandis qu’un hélicoptère de la police survolait les lieux et que la police anti-émeutes déployée autour de Kibera tirait en l’air pour contenir la foule.  


Ce samedi, des émeutes avaient éclaté dans le pays, notamment dans les quartiers défavorisés de Nairobi et dans l’ouest du pays (fiefs d’Odinga) où barricades, jets de pierres sur les forces de l’ordre et pillages des magasins s’étaient multipliés.


Puis la crise tourne au carnage. On déplore aujourd’hui 700 personnes tuées. Une trentaine d’entre elles ont été brûlées vives dans une église dont 8enfants. Des milliers de personnes déplacées.


Mwai Kibaki a prêté serment malgré les multiples contestations de sa réélection, et a promis d’agir avec fermeté contre les émeutiers. Raila Odinga a rejeté son appel à la formation d’un gouvernement d’union nationale et exige l’organisation d’une nouvelle élection. Mais le feu couve toujours sous la cendre.


Pour le moment, la communauté internationale et l’Union africaine jouent aux sapeurs pompiers.


Après la désagrégation de l’autorité étatique de la Somalie, l’agonie de l’immense République démocratique du Congo, la paix précaire en Ouganda où les rebelles de l’armée de la Résistance du Seigneur font régner la terreur, les tensions épisodiques entre l’Ethiopie et l’Erythrée, il ne restait dans la région que le Kenya qui vient de perdre sa position charnière de paix civile dans une zone à multiples risques géopolitiques.


Car ces violences sont les pires depuis la tentative de coup d’Etat avortée en 1982.


Sossé SOSSOU

 


BENIN

Les murailles de la corruption


Président Yayi BONI

Un document de milliers de pages a révélé la situation financière de 21 ministères, et de 60 Sociétés Publiques et Semi- Publiques. 25 milliards de Francs CFA, c’est le montant détourné par 300 personnes.

Dans le Bénin émergent que tente de construire le président Yayi Boni, tout ce qui permet de produire des richesses, de les faire circuler et de les distribuer, est entre les mains d’une minorité de parvenus. Une minorité qui a le pouvoir de se faire élire ou de s’infiltrer dans les appareils de l’Etat pour jouir de ses biens mal acquis.

Dans le pays, le nombre de chômeurs reste catastrophique. Le chômage pèse en premier lieu sur ceux qui en sont les victimes et sur leurs familles. La crainte de rester chômeur pousse à accepter un travail précaire mal payé. Pour les jeunes, entrer dans la vie active, c’est commencer par être chômeur ou galérer de petit boulot en petit boulot. Même détenteurs d’un diplôme universitaire, ils sont contraints de vendre du carburant au bord des routes ou conduire des moto-taxis. La vie coûte excessivement chère.

Comment s’étonner, dans ces conditions, que la pauvreté s’étende, que la vie devienne de plus en plus difficile dans les villes et les campagnes ? Bon an mal an, les gouvernements n’aident les plus les pauvres à s’en sortir. Ils se succèdent et se ressemblent. Les capitaux accumulés par les parvenus, grâce à leurs pratiques malsaines, ne sont même pas investis dans le pays. Ils ne servent pas à construire de nouvelles usines dont on pourrait espérer qu’elles créeront de nouveaux emplois.

Face à la complexité de la situation économique et sociale, le président Boni ne veut pas se contenter d’un rafistolage politique organisé et orchestré par ses prédécesseurs. Il veut donner l’exemple. Restructurer les fondements de l’ordre social datant de plus de quatre décennies. Car la fracture sociale est béante. La lute contre les inégalités marque le pas.

Le Bénin est ravagé par le scandale de la corruption. Et les responsabilités de ce crime sont nombreuses. En rupture avec la politique des anciens régimes, le président Boni a placé la lutte contre la corruption en tête de ses priorités. Il exige le remboursement des fonds détournés par les anciens responsables du pays. Un point cardinal de ses promesses de campagne. Mais, Yayi Boni a oublié que ce terrain est dangereusement miné ; que les gens font la politique dans son pays pour s’enrichir. Pourtant, quand ils sollicitent le suffrage du peuple souverain, ils ont tous ce cri à la bouche : « Se servir ! Non ! Servir le peuple ! OUI ! » Mais, une fois élus, ils se servent goulûment.

Depuis sa prise de fonction à la tête de l’Etat béninois, le président Yayi Boni ne cesse de dénoncer la mauvaise gouvernance et la corruption qui ont fait perdre énormément de temps à son pays depuis l’indépendance. Au-delà des dénonciations, les Béninois attendent des résultats. Ils disent ne plus vouloir d’une démocratie qui rime avec détournement des deniers publics et impunité. Mais, ils sont surpris de voir leur président composer de nouveau avec ceux qu’il qualifiait de ‘’pilleurs’’ pendant sa marche de juillet contre la corruption, dans les rues de Cotonou, la capitale économique du Bénin.

Dans le même temps, Yayi Boni se dit conscient des coups, et il assure lepeuple qu’il en donnera s’il est convaincu que les intérêts du pays sont en jeu. A qui va-t-il donner les coups ? Quand les ‘’pilleurs’’ tapissent ses rangs. Les barons du régime auquel il succède sont bien en place. Ils lui ont donné la majorité au parlement avec 35 sièges sur les 83 disponibles, dans une coalition hétéroclite appelée Force cauris pour un Bénin émergent(FCBE).

Le dossier de la société Palmarès dans l’affaire de la Sbee a pris la direction des tiroirs. Le Front des organisations nationales de lutte contre la corruption crie au scandale. Le comportement du gouvernement dans cette affaire dite de la Sbee démontre fort bien que la scène nationale reste toujours régentée par des ‘’pilleurs’’ soucieux avant tout de leur intérêt égoïste et sordide.

Aujourd’hui, les Béninois affichent leur indignation. Ils voient que le processus de moralisation de la vie publique plonge de nouveau dans toutes sortes de bricolages et de tricheries. Ils ne comprennent pas que la décision de soustraire le dossier de la société Palmarès du rapport soit venue d’en haut, autrement dit du gouvernement. Raison évoquée, c’est un dossier qui éclabousse des gens très proche du système en place.

Un Bénin émergent à deux vitesses : la justice pour les pauvres et la protection politique pour les ‘’pilleurs’’. Tout cela démontre que ce jeu de va-et-vient entre les anciens et les nouveaux ira toujours croissant. Avec toutes ses ambiguïtés. Et la moralisation dont parle le président Yayi Boni apparaît désormais pour les Béninois comme une sorte de trompe-l’œil : derrière la morale, les intérêts. Que dire des 300 personnes évoquées dans le rapport des 25 milliards de Francs CFA détournés ? Seront-elles jugées un jour pour faire éclater la bulle qui couvre ce nouveau régime ?

A bien des égards, les Béninois vivent de nouveau une situation comparable à celle qui a abouti à l’appel du peuple au changement. Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas de la moralisation de la vie publique mais d’intérêts bien compris.

Les populations exigent de ce gouvernement un minimum de protection et d’intégration sociale. Elles veulent être gouvernées autrement. Mais, la confusion qui entoure certains dossiers de détournement des fonds publics, fait qu’elles sont inquiètes. Pour elles-mêmes et pour l’avenir de leurs enfants. Car la misère continue ses ravages. L’extrême pauvreté meuble leur quotidien. L’angoisse a un nom : le chômage.

L’opinion a aujourd’hui du mal à comprendre la stratégie du président. Des membres de la société civile disent que les 300 personnes fichées dans le rapport d’audit sont sous le poids d’une présomption de culpabilité et non d’innocence.  

 Il suffit de prêter l’oreille aux rumeurs qui circulent dans le pays pour se convaincre que le mot « bulle » est dans toutes les bouches. Une bulle, c’est d’abord quelque chose de clos, ensuite quelque chose d’éphémère. En d’autres termes, une bulle emprisonne un fragment de réel et le soustrait à son propre dehors. Et puis, à l’instar de celle qu’on fabrique en soufflant dans du savon, toute bulle est menacée de disparition subite. C’est le propre de la vie d’une bulle. Flop ! Plus rien.

 Le paysan de Sotchanhoué a bien raison de crier sa colère : « Mon Dieu, pardonnez-leur ! Ils ne savent pas ce qu’ils racontent… J’ai peur de ces hommes qui prétendent nous délivrer de la misère… Je crois que le Bénin du président Yayi BONI allait se bâtir en opposition radicale au modèle qualifié de corrompu sous le système de Mathieu Kérékou ! »

Ce cri du citoyen dénonce un système désastreusement isolé du quotidien des populations. Un simple flocon d’altitude d’où quelques repus surplombent les criailleries du peuple. En clair, des bobos de toutes catégories monopolisent les divers pouvoirs dans le pays. Ils sont exilés du vrai peuple qui attend impatiemment leur congédiement pur et simple des institutions de l’Etat.

Peut-on faire du neuf avec du vieux, se demandent les Béninois ? Les enjeux de la reconstruction du Bénin passent nécessairement par la moralisation de la vie publique. Pendant la campagne, les discours du candidat Yayi Boni étaient truffés de thèmes de lutte contre la corruption. Le peuple y a adhéré. La consécration a été signée de 74,5 % des voix. La surprise n’était pas au rendez-vous de cette élection de mars 2006. Car les Béninois voulaient un véritable changement à la tête de leur pays. Mais, 20 mois après, les aigrefins ont infiltré de nouveau  la vie publique du Bénin.

Le président Yayi Boni a du grain à moudre. Il doit se sentir redevable de l’idéal de la justice et la lutte contre l’impunité. Les barons de l’ancien système qui lui font la bise de Néron en longueur de journée veulent plomber son pouvoir. Dans leur stratégie d’alliance, il doit y voir uniquement un vaste piège, une immense illusion. Ses souhaits de faire du Bénin une nation moderne, prospère et surtout émergente passe obligatoirement par le nettoyage des écuries.

 Les Béninois ne veulent plus continuer à vivre, de quinquennat en quinquennat sous des alternances, entre la peur et la cupidité.

Depuis l’indépendance, le pendule part trop loin dans le sens des corrompus. L’appât du gain facile a altéré la vie de la classe politique béninoise. Alors que la vraie liberté de celui qui se dévoue pour la cause de son peuple, c’est celle de pouvoir entreprendre et de donner. C’est ce qui fait de la politique un sacerdoce. Se servir avant le peuple est un crime.

Les anciens ministres qui ont les mains sales ne doivent pas rougir quand ils voient arriver les cadres de l’Inspection générale de l’Etat. Ils se disent aujourd’hui députés, représentants du peuple qu’ils ont affamé, refusant ainsi de récolter les bénéfices de ce qu’ils ont semé. Ce sont les mêmes personnes qui ont trompé le Général-président Mathieu Kérékou de 1996 à 2006, qui sont aujourd’hui autour de Yayi Boni, après avoir retourné leurs vestes pour d’autres aventures. Comment peuvent-ils s’acheter une respectabilité ? Malheureusement, face à leur résistance à remettre au peuple tout ce qu’ils ont pillé, les Béninois broient du noir. Beaucoup de fausses notes.

 Mais, le président Boni, décidé d’en finir avec les brebis galeuses qui infectent la bergerie, déclare tous les jours que personne ne sera de trop. Il doit leur tordre le coup pour qu’ils rendent gorge. « On peut aller à la prospérité à condition de lutter contre la corruption. Sur cela, ne doutez plus de ma détermination. C’est cela ma vision » a-t-il déclaré aux confrères béninois, lors du 47è anniversaire de l’indépendance du Bénin, le 1er août 2007.

Super-protégés, ces femmes et ces hommes dénoncés par le rapport d’audit constituent un frein pour les restructurations annoncées. Le bras de fer engagé contre les fossoyeurs de l’économie nationale s’affaiblit à cause du dossier de la société Palmarès. Et les manœuvres en coulisses du gouvernement dénoncées quotidiennement par la société civile risquent de mettre les feux aux poudres. Certains états-majors de la corruption lui prédisent déjà une situation politique explosive. Ils disent déjà que la marche de juillet conduite par le président lui-même et ses larmes du dimanche 25 novembre au stade de Kouhounou, lors de la messe d’action de grâce animée par les évangélistes, ne les émeuvent pas. Certains Béninois interprètent les faits et gestes du président Boni comme de l’auto-célébration. Avoir une vision idyllique de la politique, fait oublier que chaque citoyen est lié à la communauté, à la vie des autres, à celle de la cité.

Le président est animé d’un « esprit de mission », de la volonté de faire bouger les choses. Mais, ceux qui font semblant de nager dans ses eaux espèrent que ce missionnaire finirait « boulotté » par les cannibales, comme tant d’évangélistes avant lui.

Aujourd’hui, le président n’occupe pas totalement l’espace politique. Car les pratiques malsaines décriées dans son entourage risquent de réveiller des soupçons dévastateurs. L’interventionnisme quand tu nous tiens. Au Bénin, tout le monde puise son bonheur dans le panier des deniers publics.

Toutefois, certains observateurs pensent que le président Boni a du caractère. Ils disent que depuis son élection en mars 2006, il a pris au pied de la lettre son rôle de premier magistrat de la lutte anti-corruption.   

Mais, les Béninois attendent leurs 25 milliards de Francs CFA. Une course contre la montre, vu l’ampleur des montants détournés.

Sossé SOSSOU

 



GUINEE

 

 Mme Kaba Rougui Barry démissionne de l’Union des Forces Républicaines(UFR) pour créer son parti ‘’Alliance Démocratique pour le Développement’’ (ADD).


Elue en 1991 et 1995 maire de la commune de Matam, elle adhère en 2000 à l’UFR, un parti créé par Sidya Touré, l’un des anciens premiers ministres du général président Lansana Conté. Une adhésion qui lui barra la route pour sa candidature en 2000, pour la reconquête de la commune de Matam, dans laquelle sa popularité se passait de tout commentaire.

Militante très engagée pour la démocratie dans son pays, la Guinée, Rougui Barry était sur tous les fronts pour amener les Guinéens, toutes ethnies confondues à parles le langage de la concorde nationale.

Après sa démission, les rumeurs la revoyaient dans les rangs du premier ministre en place, Lansana Kouyaté, qui lui aurait proposé un poste ministériel non encore défini ou créé.

Selon les dernières informations recueillies auprès des personnes qui gravitent dans l’entourage de la dame la plus populaire de la Guinée, elle se préparerait pour la création de son propre parti qui serait baptisé ‘’Alliance Démocratique pour le Développement’’ (ADD).

Dynamique et très entreprenante, Rougui Barry s’investit depuis des années dans l’humanitaire à travers son ONG Aide au Développement Durable.

Mais sa lettre de démission signée le 23 septembre 2007, et les copies remises à la presse publique et privée le 31 octobre 2007, ont fait la Une de tous les médias du pays et suscité des réactions au sein de l’UFR qui attendait le point de chute de Rougui. Car sa démission qui a créé un ‘’séisme politique’’ au sein des militants, continue d’alimenter les débats à Conakry.

Néanmoins le silence de l’UFR ne pouvait plus durer longtemps. Il fallait expliquer à l’opinion ce qui a poussé Mme Kaba Rougui Barry, membre fondateur de l’UFR, membre du Bureau Exécutif National, à démissionner après 7 ans de militantisme. Et, le 17 novembre 2007, un communiqué de la cellule de la communication de l’UFR, estampillé droit de réponse à un article de GUINEE 24, qualifiait la démission de Rougui Barry de non événement.

«  (…) S’agissant de la démission de Mme Rougui, il faut dire qu’elle n’a fait qu’exercer un droit que lui reconnaît explicitement la Charte des Partis politiques qui dispose que l’adhésion comme la démission d’un citoyen à une formation politique, quelle qu’elle soit, est libre.

Pour ce qui est des critiques formulées dans sa lettre de démission, Mme Rougui Barry avait toute la latitude de les exprimer dans les instances du Parti, notamment les réunions hebdomadaires du Bureau Exécutif National et les Assemblées générales qui se tiennent tous les samedis et où, Direction nationale, structures fédérales et militants débattent, sans tabou, des problèmes du parti. Mais hélas ! Mme Kaba Rougui Barry a toujours été absente à ces rencontres et la manière spectaculaire dont elle part du parti en dit long sur son attitude et son niveau d’engagement pendant tout le temps qu’elle a appartenu à l’UFR  »

Toutefois, pour connaître les raisons qui ont poussé Mme Kaba Rougui Barry à la démission, il faut lire sa lettre adressée au président du parti.

 

"Monsieur le Président,

J’ai adhéré à l’UFR en 2000, dans les conditions que vous savez après dix années au poste de premier magistrat de la Mairie par voie électorale. Par cette adhésion ma seule ambition était d’apporter ma modeste contribution à la réalisation des objectifs de démocratie, de progrès social et économique dans notre pays. De sorte que la devise nationale : "Travail, Justice et Solidarité", ne demeure pas de vains mots.

Monsieur le Président, j’ ai adhéré à l’UFR avec l’espoir que cette formation politique traduirait en actions concrètes le sigle qu’elle porte et qui, en théorie, semble incarner les grandes aspirations de nos compatriotes. Telle était ma lecture. Mais… hélas !

Aujourd’hui, ces espoirs sont loin d’être comblés. Comme à l’accoutumée, les politiciens marchent toujours derrière les pancartes et agissent en porte à faux avec les principes et slogans qu’ils prétendent promouvoir. Ainsi L’UFR n’échappe pas au "pêché originel".

Le Parti est aujourd’hui dominé par des petites mesquineries fondées sur un manque de sincérité dans les relations humaines au sommet. Il apparaît de plus en plus que le seul et unique objectif qui enveloppe tout, est la conquête de la magistrature suprême à tout prix ; y compris l’usage de la division et de la manipulation dans un contexte de la culture du mythe du chef c’est-à-dire, le culte de la personne.

Les dysfonctionnements du Parti se reflètent dans la quasi absence de concertation dans le processus de prise d’initiatives ou de décisions dans ses structures, y compris au Bureau exécutif dont je suis membre.

Ainsi, le travail fractionnaire qui s’y opère et l’opacité dans l’orientation des affaires, ont concouru progressivement à la personnalisation prononcée du débat politique en interne.

Tout en prenant acte de cette déviation qui ne répond ni à mes attentes, ni à ma conviction, j’ai, en conséquence, décidé à compter de la date de signature de la présente lettre, de mettre fin à ma fonction de membre du parti et du Bureau exécutif.

En quittant l’UFR, je tiens à exprimer ma solidarité agissante aux militantes et militants, particulièrement aux jeunes et aux femmes républicaines. Cependant je tiens à rassurer les uns et les autres que je continuerai à défendre avec la même ardeur, les causes que nous avons partagées ensemble. Ces causes continueront à inspirer au quotidien ma vie et toute mon action politique et sociale. En effet, je ne baisserai pas les bras pour la défense des faibles, pour promouvoir une Société Guinéenne plus juste et plus humaine.

Je resterai le soldat actif que j’ai toujours été dans ce combat pour que la pauvreté ne reste pas une fatalité, et que les conditions d’accès à l’éducation, à l’emploi soient facilitées aux Jeunes. J’oeuvrerai également pour que les femmes ne subissent pas les inégalités du fait de leur genre.

Monsieur le Président, en quittant l’ UFR, je puis vous rassurer ma volonté de continuer la lutte avec mes concitoyens de bonne volonté pour l’édification d’une Guinée Nouvelle, dans laquelle, les idéaux de paix, d’unité nationale, de progrès social et économique ne seront pas que de simples slogans politiques.

Je reste et demeure la Femme combative et fidèle à ses convictions. Je vais comme je l’ai toujours fait, travailler pour le mieux être des Guinéennes et des Guinéens et dans l’intérêt supérieur de la Nation.

Ainsi donc par delà les clivages et les stériles querelles d’Ego, je vais continuer à œuvrer, autant en politique que dans l’humanitaire, ces deux disciplines étant indissociables pour apporter les réponses à l’attente des populations de la Guinée.

Vous en souhaitant bonne compréhension de cette décision, je demeure ouverte à tout dialogue responsable, sincère, social et politique dans le respect, l’équité et la justesse.

Veuillez, agréer, Monsieur le Président mes salutations distinguées."

Mme KABA Rouguy BARRY (RBB)

Elue en 1991 (RBB) Elue en 1995 (RBB)

Candidature empêchée 2000 Campagne Communale 2005

Ampliation.

Lettre signée le 23 septembre 2007 C /c : Presse Publique et Privée le
31 octobre 2007

 

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